aix : elle offre sa fille de 3 ans en sacrifice à son amant

Faits divers - Justice - Aix : elle offre sa fille de 3 ans en sacrifice à son amant

L'avocat de l'Apers, partie civile au procès représentant Camille, Me Fiat, et celui du père de la petite victime, Me Sayn-Urpar, hier, lors du premier jour d'audience. PHOTO ÉDOUARD COULOT

 

Une mère préparait sexuellement sa fillette à recevoir son amant, attiré par la pédophilie et la zoophilie. Le père de la victime a découvert les sévices en piégeant sa compagne

Lorsqu'il l'a obligée à écouter les enregistrements faits à son insu pour la piéger, elle a bredouillé "pardon". Puis, elle est partie. Sans avoir pu fournir de réponses aux nombreuses questions. Comment expliquer l'indicible ? Comment apaiser la douleur d'un père face aux sévices infligés à sa fillette de 3 ans par sa propre mère, seule, puis avec son amant ? Élodie Lorenzo, une Arlésienne de 30 ans, a trois jours pour expliquer à la cour d'assises d'Aix-en-Provence comment elle en est venue à transformer, en quelques semaines, sa petite Camille (1) en jouet sexuel pour satisfaire la débauche de déviances de son amant, Nicolas Menegain. 


À ses côtés, dans le box, ce cuisinier arlésien, collègue de travail du père, l'a peu aidée au premier jour de ce procès éprouvant. Il nie tout. Évoque des "délires", "un jeu virtuel". Mais malgré les précautions prises dès le dépôt de plainte du père, l'informatique a livré, crûment, l'horreur infligée à ce petit ange blond aux yeux bleus.

Avec une précision chirurgicale, l'expert informaticien est parvenu à reconstituer, à partir des ordinateurs et téléphones de chacun, huit vidéos (enregistrées entre mars et avril 2012) ainsi que 55 photos correspondant à ces séquences. "Sur l'une des vidéos, on voit une pénétration anale violente de l'enfant, avec un sextoy, par sa mère. Élodie Lorenzo lui crie : 'Tu vas te prendre une baffe si tu bouges !' Camille pleure et hurle, supplie sa mère d'arrêter. Et quand je dis 'hurle', elle hurle." L'audition de l'expert est à la limite du soutenable.

"En trente ans de métier, je n'ai jamais vu d'enregistrements aussi insoutenables"

D'une dignité remarquable, le père met ses mains sur sa bouche. Pour étouffer un cri. Les jurés, dont six femmes, ne parviennent plus à prendre des notes. L'une d'elle se fera porter pâle après avoir réclamé une suspension... Ému malgré l'expérience, l'expert confie : "En trente ans de métier, je n'ai jamais vu d'enregistrements aussi insoutenables." Dans le box, Élodie Lorenzo baisse la tête. Nicolas Menegain se défend. "Je n'ai jamais reçu ces vidéos", tente-t-il de plus en plus maladroit. Mais l'expert poursuit, imperturbable, en lisant une conversation entre les accusés : "Je m'intéresse à ta fille et uniquement à ta fille. J'ai très envie de faire quelque chose à ta fille. Ça nous rapprocherait." "Il est clair que la mission d'Élodie Lorenzo était de préparer sexuellement Camille à recevoir Nicolas Menegain", conclut-il.

Au-delà du dégoût qu'inspirent ces faits, les jurés vont devoir juger un homme et une femme. Et tenter de comprendre comment une mère, jusqu'ici décrite comme effacée mais douce et aimante, a pu maltraiter à ce point la chair de sa chair jusqu'à la gifler quand elle ne parvenait pas à la jouissance. Ou à l'assommer de Lexomil quand elle se débattait un peu trop. Ce sont les expertises psychologiques et psychiatriques qui ont fourni les premières clés. D'Élodie Lorenzo, on apprendra qu'elle ne s'aimait pas.

Deux tentatives de suicide avec de la mort-aux-rats

Abandonnée par son père, élève "passe-partout", complexée par un physique banal mais pas ingrat, elle voulait susciter le désir. Une fois, elle a cru toucher au but. Mais une relation passionnelle l'entraînera jusqu'en psychiatrie après deux tentatives de suicide avec de la mort-aux-rats ! "Un mode opératoire qui renvoie à une image dévalorisée de soi-même", note le psychiatre. Résignée, elle retournera auprès de son premier amour, Stéphane. Naîtra Camille qui satisfera un temps son intense quête affective. 

Délaissée sexuellement par son compagnon, elle pense retrouver l'admiration d'un homme chez Nicolas Menegain, un beau gosse blond aux yeux bleus, comme elle les aime... Mais l'homme a ses fêlures, ses blessures et ses déviances. Il a grandi à l'ombre d'un beau-père militaire "injuste" et d'une mère violente et froide. Ado, il découvre la sexualité avec ses soeurs... Mais qu'importe. Élodie était amoureuse. Un homme la regardait, elle. Et tant pis si c'était à travers sa fille. Pour le garder, elle lui offrira une relation physique et virtuelle à trois.

"Ma fille, c'est ma chair, mon sang, a-t-elle confié à la psychologue. Mais je n'arrivais pas à me dégoûter de lui." Verdict vendredi.

(1) Le prénom a été modifié

Laetitia Sariroglou