Loir-et-Cher Le pédophile avait sévi plusieurs fois en Vendômois

C’est un procès hors normes qui s’est ouvert hier à Blois. Un homme est accusé d’avoir agressé sexuellement une vingtaine d’enfants dans 4 départements.

 

Cour d'assises de Loir-et-Cher

En trente ans de carrière, je n'avais jamais entendu une histoire pareille. Major de police à Vendôme, Éric Grenadou n'en revient toujours pas. Le procès instruit depuis hier au tribunal de Blois n'est pas tant singulier par la nature des faits que par le nombre de victimes concernées. Une vingtaine. Des filles, des garçons, tous âgés d'une dizaine d'années, abusés sexuellement entre 1990 et 2011 dans le Loir-et-Cher (Saint-Hilaire-la-Gravelle, Saint-Ouen et Vendôme), le Rhône (Givors), la Somme (Abbeville) et le Val-d'Oise (Argenteuil et Cormeilles-en-Parisis).

Assis dans le box des accusés, Fabrice (*) ne bronche pas. L'homme, 43 ans, pull en laine gris foncé, cheveux courts, mains croisées quand elles ne réajustent pas de fines lunettes, écoute, impassible, le nom des victimes résonner dans la salle d'audience. Déjà condamné pour des faits similaires en 1998 et en 2012, il semble absent, comme spectateur de sa propre histoire. « Je ne sais pas comment j'ai pu en arriver là », confiera-t-il un peu plus tard devant une assistance silencieuse, suspendue à ses explications.

" Personne ne se méfiait de lui. Il n'avait pas l'air méchant. "

Dénoncé par deux jeunes garçons en juillet 2011, Fabrice a été interpellé trois jours plus tard. Une arrestation en forme de libération. Il explique aux enquêteurs son« soulagement ». Et raconte comment, durant des années, il a gagné la confiance de nombreux enfants, profitant de cette proximité pour les initier à la pornographie, les déshabiller, les photographier, les toucher, quand ce n'était pas plus. « Je voulais leur donner du plaisir », tente-t-il de se justifier.
L'homme se décrit comme « un pédophile », poussé par « des bouffées de chaleur dans le thorax » quand il « croise le regard » d'un enfant. Des enfants rencontrés essentiellement grâce à ses deux passions : le football et la mécanique. « Personne ne se méfiait de lui. Il n'avait pas l'air méchant », raconte le frère d'une des victimes. Parmi celles-ci, on trouve des voisins, un neveu, une nièce…
Fabrice assure avoir vécu une enfance « difficile ». Un père plombier, « criant beaucoup » mais « jamais violent », décédé il y a près de vingt ans. Une mère au foyer, « protectrice, à l'écoute ». Et dix frères et sœurs, dont certains pas toujours tendres. « Quand j'avais 10 ans, deux de mes frères ont commencé à me faire des caresses, puis des fellations. » Le calvaire durera une année.
Malgré ces souvenirs douloureux, l'accusé n'a jamais quitté le domicile familial, à Argenteuil. Père d'un enfant de 9 ans, il a longtemps voulu devenir menuisier. En difficulté pour obtenir son diplôme, il changera finalement de voie. Pour gagner sa vie, il posera de la moquette, puis se lancera dans l'horticulture, la peinture, avant de se reconvertir dans le recyclage de papier. Jusqu'à son arrestation.
Incarcéré à la prison de Blois, il dit vivre aujourd'hui avec la peur au ventre. « Les violeurs ne sont pas les bienvenus en détention. On m'a brûlé les pieds avec de l'eau bouillante, forcé à boire de l'urine et à danser nu. » Sans compter les coups, les insultes, les menaces. « Je me suis plaint à l'administration pénitentiaire. Mais personne ne m'a cru. » 
Fabrice, qui suit depuis un an et demi un processus de castration chimique, risque vingt ans de réclusion criminelle. Son procès durera toute la semaine.

(*) Le prénom a été modifié pour garantir l'anonymat des victimes mineures.

Anthony Fillet
Loir-et-Cher - Vendôme - Cour d'assises

« Il m’a juste dit qu’il avait fait de grosses bêtises »

La compagne du quadragénaire jugé pour pédophilie a témoigné devant la cour d'assises. Elle affirme n'avoir rien soupçonné des agressions sexuelles commises par son conjoint.

 

Un homme de 43 ans est actuellement jugé par la cour d’assises de Loir-et-Cher pourpédophilie. Le procès a débuté lundi 24 novembre et se poursuit jusqu’à vendredi. Ce jeudi, la famille de l’accusé est entendue à l’audience. Mercredi, sa compagne s’est présentée à la barre du tribunal. « Entre nous, ça se passe bien. Je n'étais pas au courant de ce qu’il faisait », déclare-t-elle à la cour.

Delphine (*), 33 ans, est en couple avec Fabrice (*) depuis qu’elle a 18 ans. Elle promenait son chien, il jouait au football. « Mon chien a voulu attraper la balle… » Et voilà, Delphine est tombée éperdument amoureuse de cet homme de 10 ans son aîné. Cinq après leur rencontre, ils ont eu un fils.

Aujourd’hui, à raison d’une fois par mois, elle se rend au parloir avec l’enfant. Les faits reprochés à son compagnon ne sont pas évoqués lors de ces rencontres. A cause de la présence de leur fils. « Il m’a juste dit qu’il avait fait de grosses bêtises, mais c’est tout », raconte-t-elle à la barre.

Plus de 140 photos pédopornographiques 

La présidente, Catherine Paffenhoff, lui détaille alors les abus qui valent à l’accusé d’être actuellement jugé par la cour d’assises. Delphine reste bouche bée, hausse les sourcils.
La jeune femme savait cependant que son conjoint avait déjà été condamné pour agressions sexuelles. Il est sorti de prison en 2009. Mais elle affirme ne rien avoir soupçonné de ses nouveaux agissements.

Pourtant, elle et sa belle-sœur ont consulté le téléphone portable de l’accusé en 2011, et y ont trouvé des photos d’enfants et d’adultes nus (144 photos seront retrouvées par les enquêteurs lors de l'interpellation de l'accusé). « Je lui en ai parlé, il m’a dit, je vais les effacer. »

« Avez-vous vu votre fils nu sur le téléphone ? » lui demande la présidente. « Mon fils est allé voir un psychologue et il n’a rien dit. Je n’ai rien vu dans le téléphone. La plupart du temps, il est collé à moi. Il adore son père. » Ce qui n’est pas l’avis de son ancienne voisine qui affirme qu’à chaque fois que l’enfant devait rester avec son père, il se mettait à hurler. Des soupçons pèsent d’ailleurs sur de possibles abus incestueux.

Vous n’ignorez pas qu’il a déjà été en prison pour des faits commis sur des enfants, vous voyez des photos d’enfants nus mais vous ne pensez pas qu’il peut y avoir quelque chose de plus grave ?

Revenant sur les photos vues dans le téléphone, la présidente l’interroge sur sa réaction quand elle les a découvertes. « J’ai été un peu déçue », déclare-t-elle simplement. « Vous n’en avez pas parlé ? » « Si avec ma belle-sœur. » Et la magistrate d’insister : « Vous n’ignorez pas qu’il a déjà été en prison pour des faits commis sur des enfants, vous voyez des photos d’enfants nus mais vous ne pensez pas qu’il peut y avoir quelque chose de plus grave ? » Long silence. « Vous pouvez nous répondre ou c’est un peu compliqué ? » « C’est un peu compliqué… »

Pas un regard à son compagnon

La jeune femme a elle-même été victime d’agression étant enfant. La présidente déclare, en substance, qu’elle aurait peut-être pu repérer des « clignotants ». « Ça ne vous alerte pas ou vous refusez d’y croire ? » A nouveau, un long silence. Delphine se referme. « Vous n’avez pas pu le voir, pas voulu vous rendre compte ? » Elle ne répondra pas.

Pendant le temps des échanges, la jeune femme ne jettera pas un regard à son compagnon assis dans le box des accusés. Pas un regard non plus en quittant la salle, immédiatement après son témoignage.

 

Loir-et-Cher - Vendôme -

" J'ai honte de moi, je suis un monstre "

Cour d'assises de Loir-et-Cher

 Fabrice (*) est-il la victime d'une enfance violente et d'une vie frustrante ? Ou est-ce un manipulateur, froid, pervers et calculateur ? Peut-être est-il tout cela à la fois. Après deux jours de procès (lire NR de mardi), difficile de cerner cet homme de 43 ans, habillé avec le même pull en laine gris foncé que la veille.

Qui se cache derrière ce physique banal, ce crâne légèrement dégarni et ces fines lunettes protégeant des yeux clignant frénétiquement ? Dans la même heure, l'homme, accusé de violences sexuelles sur mineurs, est capable de se présenter comme une« personne gentille »« parfois trop », puis comme « un monstre », honteux des actes qu'il a commis.
Seule constante durant ces treize premières heures d'audience : l'absence d'émotion manifeste chez l'accusé. Pas de larmes, pas de cris, pas de sanglots. Des mains toujours croisées, une voix posée et une nervosité contrôlée. A peine laisse-t-il transparaître une pointe d'agacement lorsque l'incohérence de certaines de ses réponses est soulignée par les personnes chargées de le juger.
 « C'est un menteur pathologique, estime Christelle (*), son ancienne belle-sœur, mère de quatre enfants, dont trois abusés sexuellement. Lorsque les policiers m'ont appris ce qu'il a fait, j'ai été choquée, mais pas forcément surprise. Je me souviens qu'il y avait souvent des jeunes chez lui. »

Le salaire de la honte

Des jeunes d'une dizaine d'années rencontrés grâce à des procédés bien rodés. Il y a d'abord les neveux et nièces, faciles d'accès. Puis les voisins. D'autres sont accostés alors qu'ils jouent au football. D'autres, encore, le sont pendant qu'ils s'amusent avec des deux-roues dans une rue discrète menant à une entreprise. Sans compter les victimes approchées via différents réseaux sociaux.
Pour convaincre les enfants de se laisser toucher, voire de se toucher entre eux, Fabrice leur propose de l'argent. Dix, vingt, cinquante euros. Aucun ne refuse. Pour quelques billets, les jeunes poussent même leurs copains dans les bras du pédophile. Entre 1990 et 2011, Fabrice abusera d'une vingtaine d'enfants dans quatre départements (Loir-et-Cher, Rhône, Somme, Val-d'Oise). « Et encore, il y en a peut-être d'autres dont on ignore l'existence », précise Delphine Amacher, représentant le ministère public.
Les faits rapportés par les enfants se ressemblent tristement : masturbation, fellation, pénétration. Parfois les trois. Des moments régulièrement immortalisés par des photographies. Une centaine de clichés seront retrouvés chez l'accusé. « Je n'ai jamais pris de plaisir », assure-t-il. « Plusieurs victimes racontent pourtant que vous étiez en érection lorsque vous abusiez d'elles », répondra la présidente de la cour d'assises, Catherine Paffenhoff.

Une mémoire sélective

Placé devant ses propres contradictions, Fabrice reste calme, presque impassible. Une posture angélique pour faire oublier un comportement diabolique. « On lui donnerait le bon Dieu sans confession, observe Patrick (*), retraité, père adoptif de Thomas (*), abusé par Fabrice dans un bois lorsqu'il avait 13 ans. Mais je pense que c'est une stratégie pour amadouer le jury. Il sait parfaitement ce qu'il fait et ce qu'il dit. Sa mémoire est très sélective. » 
Si l'accusé reconnaît la majorité des faits qui lui sont reprochés, il semble avoir oublié certaines choses. Les enfants « ne m'ont jamais fait de fellation », se défend-il. « Vous pensez que les victimes mentent », demande la présidente. « Non. Elles disent la vérité. Simplement, je ne m'en souviens pas. » 
Un procès fourmillant de dates, de noms et de détails parfois difficiles à supporter pour les personnes présentes dans la salle. Se sentant incapable de garder son impartialité, un des six jurés a ainsi exprimé son souhait de partir. Il a été remplacé.
Le procès se poursuit jusqu'à vendredi. Fabrice, père d'un enfant de 9 ans, encourt vingt ans de réclusion criminelle.

 (*) Les prénoms ont été modifiés pour garantir l'anonymat des victimes mineures.

Anthony Fillet