L’inceste, une maltraitance invisible

 |  PAR JEAN-CHARLES CHAMPAGNAT

 

L'inceste serait beaucoup plus fréquent que ce que l'on pense, c'est en tout cas le constat des professionnels de la santé et de la justice qui se sont réunis en colloque à Paris le mois dernier.

Selon eux, l'inceste serait « 10 fois plus fréquent que ce que l'on sait » en raison de l’omerta et des tabous qui entourent ce fléau de santé publique. En effet, en moyenne, une victime d'inceste, lorsqu'elle confie les violences subies, ne le fait que 16 ans plus tard et seulement 30% des proches qui recevraient les aveux d'une victime préviendraient les autorités.

En 2009,  l'Association internationale des victimes de l'inceste (AIVI) avait publié un sondage qui montrait qu’il y aurait en France près de deux millions de personnes touchées par ce type de violence sexuelle. Il montrait également que les agresseurs incestueux sont des hommes, et plus de 70% sont les grands-pères, pères ou frères des victimes.

L’inceste est un crime qui se commet généralement dans les catégories les plus pauvres de la société, mais toutes les catégories sociales y sont confrontées. Mais l’inceste ne se limite pas à des actes, avéré  comme le viol ou les attouchements, il existe tout ce que les professionnels de santé appellent le « climat incestueux », c’est-à-dire toute une série de comportements (gestes, attitudes, regards, érotisation de la relation…), qui provoquent chez l’enfant ou l’adolescent malaise et angoisse sans qu’il puisse vraiment situer les causes de son mal-être.

Lors de ce colloque, a été évoqué notamment les difficultés de repérage des victimes de l'inceste ainsi que la défaillance du système français de prévention. En effet, la parole de l'enfant abusé n’est pas suffisamment prise en compte par les dispositifs sociaux et médicaux et il existe encore de nombreux freins juridiques lorsqu'une victime se rapproche de la justice. Ainsi, selon les experts, plus de 90% des cas d'inceste ne seraient pas protégés par le système actuel, d’autant que le Code pénal français ne reconnait pas dans ces textes le terme d’inceste.

De ce fait, selon AIVI, « on ne possède pas de données exactes sur le nombre de condamnations prononcées chaque année ».

En janvier 2014, Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des Droits des femmes, avait annoncé travailler à une proposition de loi sur l'inceste, pour apporter « une éventuelle précision de la définition du viol ».

Cette proposition de loi semble avoir été oubliée dans un placard du ministère…