FAMILLES ATTENTION !!!

 

FAMILLES ATTENTION !!!

 

 

 

Certaines associations peu scrupuleuses n’hésitent pas à se faire beaucoup d’argent sur le malheur qui vous touche. C’est pourquoi il est très important de prendre conscience que se n’est pas parce que vous allez payer des frais de dossier élevés que celui-ci sera mieux traité.

De plus, faites très attention aux voyants et autres gouroux qui se disent à même de retrouver une personne disparue qui vous est chère, ces gens là profitent de votre douleur et de votre fragilité.

Ne payez jamais en espèce une association quelque soit les services qu’elle vous propose. Assurez vous que l’association que vous sollicitez est bien déclarée en préfecture, et même si c'est le cas voici un article qui vous sera de grande utilité.


Les étranges enquêtes de M. Bastien

 

 

Profitant du désarroi de familles de disparus, Philippe Bastien leur aurait soutiré de l’argent pour ses "recherches". Aujourd’hui, les plaintes se multiplient contre lui. Enquête alors que le monde se mobilise mardi à l'occasion d'une nouvelle Journée internationale des enfants disparus.

Raie nette, voix suave, oeil compatissant. Il reçoit dans un café. Toujours. Cette fois-là, Philippe Bastien, 55 ans, en a choisi un à deux pas du cimetière de Bagneux (Val-de-Marne). Il écoute la détresse d’une femme : son enfant a disparu, elle a l’impression que la police ne peut plus rien, il est son dernier espoir. Comme Valérie, comme France, comme des dizaines d’autres, elle a confiance: elle l’a vu à la télé. Avec son ton ultra-posé, cultivé quand il vendait des cercueils dans les années 1980, il la rassure.
Quelques papiers se battent au fond de son sac en plastique. Il en sort un. Sous le nom de l’association qu’il a fondée en 1999, "SOS Recherche de personnes disparues", il a inscrit "France et International" et, en gras, "O.N.G. à but humanitaire". Depuis onze ans, Philippe Bastien s’est construit une réputation d’infatigable chercheur de disparus, bénévole, et "sacrifiant tout à cette cause", comme il le dit lui même. "Il a toujours aimé aider les autres", insiste sa soeur Chantal.
Au Mans et à Paris deux plaintes pour escroquerie ont été déposées contre lui par des familles qui l’accusent d’avoir abusé de leur désarroi pour leur extorquer de l’argent. Au moins deux autres seraient à l’étude. Les "victimes" ont toutes versé au minimum 460 euros pour "accéder" aux services "gratuits" de l’association. Et accepté un peu vite de rembourser les frais de l’enquête. Des sommes parfois étonnantes: 13.000 euros pour Claudine, 16.000 euros pour Maryvonne. "Bastien, je lui aurais donné ma maison pour retrouver ma fille", jure cette fonctionnaire.

En tête de ses destinations favorites: Ibiza

Pour gagner cette confiance, Philippe Bastien comptait sur son charisme et son aura médiatique. Mais pas seulement. Plaque tricolore à l’appui, "il nous disait qu’il était ancien gendarme, qu’il avait des contacts haut placés à Paris et chez les RG", répètent tous les plaignants. Son père a bien été gendarme ; sa fille l’est devenue ; lui s’est contenté d’enfiler l’uniforme kaki de gendarme auxiliaire pendant son service militaire. "La gendarmerie n’a pas gardé notre beau-parleur", dit-on pudiquement dans la famille Bastien.
Comme Jacques Valcarès et Eric Vanlerberghe, beaucoup d’enquêteurs bénévoles qui avaient rejoint l’association ont claqué la porte au bout de quelques mois, choqués de s’être entendu répondre "il faut bien que je vive" quand ils se sont interrogés sur les mouvements d’argent. Un troisième témoigne: "Bastien repérait vite les dossiers avec lesquels il pourrait faire monter les enchères et délaissait les autres."
Prétextant des informations à vérifier, il a ainsi voyagé pendant des mois aux frais des familles. Sa technique consiste à entretenir l’espoir à coup de nouveaux indices, tout en attisant la terreur avec des mots qui font frémir: "Selon mes informations, votre fille voyage fréquemment entre le Portugal et l’Angleterre. Elle doit faire la mule pour des trafiquants de drogue." Une autre fois: "Il semble qu’on ait affaire à de la prostitution internationale." Avant de découvrir "un risque d’embrigadement dans un mouvement sectaire"…
Les proches de disparus ne peuvent se permettre de négliger la moindre piste: ils s’empressent de souscrire un nouveau prêt bancaire puis remplissent un formulaire de "mandat cash urgent" - "à mon nom, hein, c’est plus simple que de passer par l’association", leur précise Bastien - pour envoyer une rallonge à leur sauveur potentiel.
Une agence de voyage de Montrouge (Hauts-de-Seine) lui fournit les billets d’avion. En tête de ses destinations favorites: Ibiza. Ses mystérieux "indices" s’entêtent à le mener aux Baléares. Découvrant qu’il ne parlait pas espagnol, la mère d’un disparu, enseignante à la retraite, l’a rejoint sur place. "On a distribué des tracts, on est allé voir les hôpitaux. Mais quand j’ai voulu connaître des détails sur l’enquête, il m’a dit qu’il venait de se faire voler son ordinateur. Puis, comme il rentrait vers 4 ou 5 heures du matin, je lui ai demandé où il passait ses nuits. Il m’a expliqué qu’il recherchait mon fils dans le milieu de la drogue et que, pour être crédible, il avait dû acheter une dose, d’où des frais supplémentaires." La version fait rire Thierry, un ancien membre de l’association: "Bastien était un habitué du casino. Il racontait qu’il avait dû payer des indics quand il perdait trop gros."

"Je ne tiens pas de comptabilité"

S’il veillait à la dépense, c’est qu’il était avec une enquêtrice. "Par économie", il ne réservait qu’une chambre d’hôtel. "Là, il fallait s’occuper du héros", bafouille une de ces femmes. Lui disait: "C’est important que tu dépasses tes tabous." Un style de roman de gare que l’on retrouve dans les quatre livres qu’il a signés. Dans l’un d’entre eux, De la fugue au trottoir, il a recyclé le drame d’une famille venue le trouver.
Il n’a jamais fourni de facture pour justifier ses frais. "On ne m’en demandait pas", soutient-il aujourd’hui. Combien de familles a-t-il vraiment aidées? Il en annonce "un paquet" mais ne peut en citer qu’une: "Je ne tiens pas de comptabilité!" Aux autres questions du JDD, il répondra: "C’est comme ça et puis c’est tout et puis ça s’arrête là." Exactement ce qu’il opposait aux enquêteurs qui l’accompagnaient lorsqu’ils se montraient trop curieux. Et que s’éteignait dans leurs yeux cette lueur d’admiration, cette vieille lueur qu’il guette depuis qu’il l’a repérée dans le public des bals populaires alsaciens où, ado, il reprenait Christian Vidal et Michel Sardou.

Mathieu Deslandes - Le Journal du Dimanche

samedi 22 mai 2010