L’affaire Anaïs une nouvelle fois ouverte

L'Alsace  Le 14 janvier 1991, Anaïs Marcelli disparaissait sur le chemin de retour de l’école du Nordfeld à Mulhouse. Trois mois plus tard, elle était retrouvée morte au col du Bussang. La justice a décidé une nouvelle fois de se pencher un peu plus en profondeur sur cette affaire à la suite d'une énième demande de l’avocat du père de la petite, Me Thierry Moser.Les méthodes d’investigations ont changé et de nouveaux témoignages importants ont été récoltés.

 

par Grégory Lobjoie

 

 Les parents de la petite Anais en compagnie de leur avocat, Me Thierry Moser. Archive L'Alsace/Daniel Schmitt

Les parents de la petite Anais en compagnie de leur avocat, Me Thierry Moser. Archive L'Alsace/Daniel Schmitt

 

Qui a tué Anaïs Marcelli ? Cette affaire mulhousienne, comme l’affaire Grégory, fait partie de ces dossiers emblématiques où il manque toujours l’auteur des faits. Et une nouvelle fois, après des demandes faites par l’avocat du père de la petite Anaïs, Me Thierry Moser, le juge d’instruction toujours en charge de ce dossier a décidé de rouvrir l’enquête, 24 ans exactement après la découverte du corps de la petite – le 21 avril 1991 – derrière un mur de soutenement au col du Bussang.

Le 14 janvier 1991, entre l’école du Nordfeld et le domicile de ses parents, distant d’à peine plus de 300 mètres, Anaïs Marcelli disparaissait vers 18 h. D’importants moyens avaient été mis en place pour retrouver cette petite fille de 10 ans, comme notamment des battues en forêt et même l’intervention de médium ou encore de sourcier. Mais l’incommensurable travail effectué n’avait rien changé. Et c’est sous un tas de pierres que la petite était finalement découverte par des promeneurs, à la frontière entre le Haut-Rhin et les Vosges.

Toutes les hypothèses ont été passées à la loupe par les enquêteurs. Des criminels comme Francis Heaulme, Christian Van Geloven, Michel Fourniret, Jean-Pierre Treiber ou même Marc Dutroux sont même apparus dans la procédure. Un chauffeur routier hollandais, purgeant une peine de 20 ans de réclusion pour les meurtres de trois enfants en Allemagne et en Hollande, s’était même vanté devant un codétenu d’avoir tué une fillette à Mulhouse. Mais alors qu’une nouvelle information judiciaire était ouverte en février 2001 concernant ces pseudos-aveux, le juge en charge du dossier n’avait pas le temps d’entendre Michel Stockx, qui décédait en septembre 2001 dans sa prison. De toute façon, il n’aurait pas dit grand-chose puisque des vérifications avaient clairement permis de démontrer qu’il ne pouvait être le meurtrier de la petite Anaïs.

Des non-lieux, une prescription qui court, des réouvertures demandées par Me Thierry Moser à chaque fois que le dossier semblait enterré par la justice : l’affaire Anaïs a intéressé des médias. Et après la parution d’un livre co-écrit par notre ancien collègue Jean-Marie Stoerkel (en charge des faits divers pendant plus de 30 ans à "L’Alsace") et d’un reportage effectué par Karl Zéro pour la chaîne 13e Rue, des informations nouvelles ont surgi. Depuis un an, certains enquêteurs de l’antenne mulhousienne de la Direction interrégionale de la Police judiciaire de Strasbourg planchaient sur ce dossier. Et c’est finalement le nouveau procureur de la République de Mulhouse, Dominique Alzéari, qui a décidé de rouvrir une information judiciaire il y a quelques semaines.

« J’ai des éléments nouveaux d’ordre factuel que je ne peux dévoiler pour ne pas gêner le déroulement des investigations, reconnait Me Thierry Moser. La science génétique a fait de très gros progrès. Ces progrès pouvant constituer l’élément nouveau requis par la loi pour autoriser la réouverture. » Des scellés de l’époque risque d’être analysés prochainement. De nouveaux témoignages troublants ont été collectés. Ces recherches permettront-elles d’ouvrir de nouvelles portes ? Depuis très longtemps, la piste de l’entourage proche a été évoquée. Et il semblerait que ce soit justement sur cette piste que les enquêteurs soient aujourd’hui focalisés…