Le syndrome du bébé secoué, une «maltraitance» aux conséquences irréversibles

Résultat de recherche d'images pour "logo figaro"  Chaque année, en France, environ 200 enfants seraient victimes de ce syndrome dont les conséquences peuvent être très graves, voire mortelles.

Les drames de bébés secoués touchent «tous les milieux sociaux économiques». (Photo d'illustration)

Une nourrice de 45 ans a été condamnée mercredi à cinq ans de prison ferme par la cour d'assises du Val-de-Marne pour avoir violemment secoué un petit garçon de sept mois et demi dont elle avait la garde. Les faits remontent au 4 septembre 2008. Ce soir-là, quand la maman du petit Xiao revient chercher son bébé, les yeux de l'enfant paraissent gonflés, il semble paralysé. Hospitalisé le lendemain, il tombe dans le coma 48 heures plus tard. Aujourd'hui, le garçon âgé de sept ans est gravement handicapé. Totalement aveugle et atteint d'une hémiplégie droite, il présente un important retard moteur cérébral. Devant la justice, l'accusée, elle-même mère de trois enfant, comptable de formation avant de devenir nourrice - une profession qu'elle exerçait sans agrément pour arrondir ses fins de mois - a expliqué qu'au cours de la soirée, le bébé serait tombé deux fois du canapé. Elle l'aurait ensuite secoué à trois reprises, d'abord pour qu'il cesse de pleurer, puis pour le réveiller, affirmant qu'elle ne savait pas que ces secousses pouvaient avoir des conséquences aussi graves.

Environ 200 victimes chaque année.

Ce qui est arrivé à cet enfant n'est malheureusement pas un cas isolé comme le souligne auprès duFigaro le professeur Jean-Christophe Mercier, chef de service des urgences pédiatriques de l'hôpital universitaire Robert-Debré à Paris. Il s'agit du syndrome du bébé secoué. Les conséquences peuvent être très graves pour l'enfant et inclure des séquelles neurologiques permanentes, ou même la mort pour 10% à 40% des bébés selon la Haute Autorité de Santé (HAS). En France, environ 200 enfants seraient victimes, chaque année, du syndrome du bébé secoué. Un chiffre probablement sous-évalué car le diagnostic peut être difficile, les signes évocateurs sont encore mal connus et la maltraitance n'est pas toujours envisagée précise la HAS.

«Un nourrisson a la tête plus lourde que son corps, contrairement à l'adulte», explique le professeur Mercier, et sa tête n'est pas tenue par les muscles de la nuque. Lors des secousses de la tête, le cerveau se heurte à la paroi du crâne, ce qui provoque des saignements puis des hématomes. Des «petites veines fragiles se rompent, ce qui entraîne des lésions diffuses hémorragiques au niveau du cerveau», précise le spécialiste.

Comment repérer qu'un enfant a été victime de telles secousses? Plusieurs signes ne trompent pas. Le bébé «peut tomber dans le coma, avoir des convulsions, regarder vers le plafond, avoir des phases d'apnée. Ou parfois, juste des pleurs inexpliqués, une irritabilité inhabituelle, des vomissements ou être particulièrement pâle», énumère le professeur Jean-Christophe Mercier. Dans ce cas, il faut, en urgence, hospitaliser le nourrisson.

L'entourage familial impliqué dans 80% des cas.

Près de la moitié des enfants secoués donneraient lieu à un signalement judiciaire. «Quand le médecin a diagnostiqué le secouement, certain ou probable, il a obligation de faire un signalement au procureur qui peut ensuite déclencher une procédure pénale ou civile. En cas de décès, on recommande une autopsie médico-légale», précise le médecin qui ajoute que «ces cas de maltraitance ne sont pas si rares». Les victimes de ce syndrome du nourrisson sont le plus souvent des garçons, de moins de 6 mois dans la majorité des cas, des enfants prématurés ou issus de grossesses multiples.

Contrairement aux idées reçues, les auteurs des secouements sont plus fréquemment des hommes, dans 7 cas sur 10, selon la Haute Autorité de Santé. Dans 80% des cas, il s'agit de l'entourage familial de l'enfant, «les parents, le papa ou le concubin», indique le professeur Mercier. Les 20% restants sont ce qu'on appelle «les gardiens de l'enfant», comme les nourrices. Enfin, les drames de bébés secoués touchent «tous les milieux sociaux économiques. On retrouve aussi souvent des histoires de consommations d'alcool, de drogue, de violence familiale. Et très souvent, les parents ont été eux-mêmes victimes de maltraitance».