Elle a un bébé avec un garçon de 12 ans : la pédophilie féminine est tabou, pour 3 raisons.

LE PLUS. Une Australienne de 40 ans vient d’être condamnée à 6 ans de prison. Elle a été reconnue coupable d’abus sexuels répétés sur un mineur de 12 ans au moment des faits. La majeure partie des médias qui se sont fait écho de l’affaire n’ont pas parlé de pédophilie. Pourquoi la société minimise-t-elle la pédophilie féminine ? On fait le point avec Martine Nisse, thérapeute familiale.

image d'illustration d'une mère et son bébé (IAN HOOTON/ IHO/SCIENCE PHOTO LIBRARY).

 

Avant de se livrer à tout commentaire, il faut d’abord rappeler que ces affaires sont d’une violence impensable. Une femme a été condamnée à de la prison pour avoir entretenu des relations sexuelles avec un enfant de 12 ans, qui ont eu pour conséquence la naissance d’une fillette, il y a quelques mois.

 

C’est un drame qui se joue à plusieurs niveaux : une victime de 12 ans au moment des faits, et un bébé qui est né de ces rapports. Un bébé dont l’avenir est une question centrale, mais qui n’est presque pas évoqué dans les articles français qui se font écho de l’affaire.

 

La pédophilie féminine existe, mais elle n’est que très peu désignée dans la société et les médias parce qu’elle soulève des tabous particuliers. 

 

1. La sexualité des femmes est perçue comme passive

 

D’une part, dans l’inconscient collectif, la sexualité masculine est perçue comme active, quand celle des femmes est perçue comme passive. D’autre part, l’hypersexualisation de la société actuelle nous fait perdre nos repères ; de la publicité à la culture, tout est prétexte à produire de l’image à connotation sexuelle dans laquelle paradoxalement les femmes ont des attitudes actives. Pourtant, le point de vue sur leur prétendue passivité ne change pas, on ne pense pas qu’une femme puisse être capable de se livrer à de la pédophilie. Pourquoi ?

 

La pédophilie féminine s’installe dans une zone où l’on pourrait penser que le comportement de la femme en question est maternel. Dans son approche, elle s’occupe de l’enfant, elle en prend soin. Elle le protège. Dans cette perception, il n’y a pas de sexualisation possible. Si l’intimité se développe, elle n’inquiète personne puisque cette femme joue un rôle qu’on attend d’elle. Qu’elle soit ou pas la mère de la victime.

 

2. Des attitudes maternelles jugées inoffensives

 

Contrairement à la plus grande majorité des hommes abuseurs, les attitudes féminines transgressives  commencent par une proximité qui s’installe avec les soins du corps, ou encore par un certain nombre de rituels comme le fait d’accompagner et d’aller chercher l’enfant à l’école (c’était le cas dans cette affaire).

 

Il est presque communément admis que les femmes ne peuvent pas être agressives dans leur sexualité. Cette idée est paradoxalement renforcée par un certain nombre d’items culturels forts comme – pour un des plus récents – la saga de "50 nuances de Grey". Le dernier tome sorti ce mardi nous vend l’histoire de Christian Grey, incapable d’aimer quiconque, qui doit exercer une violence sexuelle sur sa partenaire pour ressentir quelque chose.

 

Anastasia, l’héroïne engagée dans cette situation de soumission physique, psychique et sexuelle semble consentir et en tirer plaisir. Les leurres fonctionnent, on peut vite oublier que Christian Grey, adolescent, a d’abord été la proie sexuelle d’une femme de l’âge de sa mère et son amie, avant de se transformer en "dominant".

 

3. La pédophilie féminine, un tabou dans le tabou

 

En fait, une femme qui utilise un enfant sexuellement, c’est un tabou supplémentaire dans le tabou du viol. À Angers ou à Outreau, des femmes ont été condamnées pour des faits de pédophilie, et n’ont pas fait appel de leur condamnation, mais personne n’imprime cette réalité parce qu’elle vient ébranler les fondations de notre société qui est toujours profondément judéo-chrétienne. La "maman" est perçue comme une figure de pureté, une perpétuelle vierge Marie.

 

La presse australienne explique que la victime était un ami de la fille de l’auteure de faits, et que c’est par jalousie à l’encontre de sa fille que cette femme s’en est prise au garçon. Ici, elle n’est clairement pas dans un rapport maternel : elle a sexualisé une relation d’affection entre enfants. C’est une jalousie aux ressorts de rivalité incestueuse.

 

Une grossesse passe rarement inaperçue

 

Par ailleurs, le fait de ne parler que de cette femme et de sa victime en occultant le bébé témoigne d’une vision simpliste de la situation. C’est une manière incomplète de relater l’affaire alors que la situation du nouveau-né est de fait préoccupante.

 

Une grossesse – dans la grande majorité des cas – est quelque chose qui se voit. En Australie et dans les autres pays occidentaux, elle est généralement suivie par des équipes de médecin, de sage-femmes. Mais a-t-elle ignoré ou caché sa grossesse ? On imagine difficilement que son état n’ait pas suscité de réaction dans l’entourage et dans la famille de cette femme, qui rencontrait des problèmes conjugaux, comme le rapportent les médias australiens.

 

Les médias se sont émus de la situation à un moment bien précis : celui où la loi s’est prononcée. Si ça n’avait pas été le cas, je ne suis pas sûre que nous aurions un jour entendu parler de cette affaire.

 

Propos recueillis par Henri Rouillier