«La peine la plus lourde: être privée de ses enfants»

  Trois mois en fuite au Portugal avec ses deux enfants pour échapper à un climat « terrible » avec le père. Arrêtée puis emprisonnée, Isabelle Poty n’a jamais pu retrouver ses enfants.

 


Cette affaire de rapt parental sera jugée par le tribunal correctionnel de Liège. © Reporters

Cette affaire de rapt parental sera jugée par le tribunal correctionnel de Liège. © Reporters

 

C’est le 5 août 2013 que le père des enfants d’Isabelle Poty avait prévu de rentrer de vacances. Elle et lui vivaient des moments plus que tendus depuis leur séparation intervenue deux ans plus tôt, et c’est «  psychologiquement affaiblie  », explique-t-elle, que cette habitante de Fexhe-le-Haut-Clocher a pris une décision qu’elle paye toujours aujourd’hui : elle a emporté les petits Maxim et Nicola, alors âgés de 13 et 7 ans, avec elle au Portugal. Le jour du retour de leur papa, sans prévenir personne, sans rentrer pendant trois longs mois malgré les avis de recherche placardés dans toute l’Europe. Elle sera jugée cet automne pour rapt parental.

 

Isabelle Poty avait 19 ans quand elle a rencontré, en 1998, l’homme avec lequel elle allait passer une partie de sa vie. «  Je venais de perdre mon père, et je n’avais plus ma maman depuis bébé. J’avais besoin d’affection, d’une famille, alors les choses ont été très vite  », confie-t-elle. L’année suivante, elle était enceinte de leur 1er fils. «  Mais la vie de couple n’était pas facile, et je me suis retrouvée assez isolée dans une belle-famille très soudée  », explique la trentenaire. Leur 2e fils est arrivé en 2006, par « surprise ». Mais l’histoire d’amour était déjà loin. En 2011, ils se séparaient dans un climat qui, à en croire Isabelle Poty, était plus que houleux et se répercutait, comme souvent en pareil cas, sur les enfants.

 

C’est ce qui l’aurait poussée à emporter ses 2 fils avec elle pour 5 jours de vacances en Espagne, au mois de mai 2013, sans que leur père n’en soit informé. Elle avait «  pu respirer  », «  ils s’étaient reposés et retrouvés  », dit-elle. Sans nouvelles de Maxim et Nicola, le papa, tracassé, avait alerté la presse et les réseaux sociaux, ce qui avait précipité le retour des enfants.

 

La maman a recommencé trois mois plus tard, en vendant sa voiture pour acheter un mobile home d’occasion. Mais cette fois, il n’était plus question pour elle de rentrer ultérieurement à la maison. «  Le climat qui régnait entre leur père et moi rendait les petits vraiment mal. Je sentais que quelque chose de terrible allait se passer si la situation ne changeait pas  », soutient-elle. «  Dans ma tête, à cette époque, la seule solution était la fuite. »

 

Le mobile home s’est arrêté au Portugal, où Isabelle Poty a enchaîné les petits boulots pour faire face aux frais, ses enfants poursuivant leur scolarité par le biais de cours particuliers. Mais l’accalmie a ramené partiellement la trentenaire à la réalité : elle s’est rendue dans un cybercafé et a vu les photos d’elle et de ses fils sur les avis de recherche. Elle a alors adressé des lettres, en octobre, à la procureure du Roi, à Child Focus, ainsi qu’au couple royal en leur demandant que ces avis… soient retirés.

 

Elle était seule lorsqu’elle a été interceptée au Sud du Portugal, début novembre, dénoncée par quelqu’un qui, comme bien d’autres au camping, savait qu’elle était en fuite. «  J’ai négocié avec la police pour que ce soit moi qui leur amène les enfants , se souvient-elle. Nous avons dû nous dire au revoir sur le parking du commissariat, dans les larmes. Nous ne savions pas quand nous pourrions nous retrouver.  » Elle a attendu son extradition 3 mois au Portugal, avec son dictionnaire Assimil pour comprendre ses geôliers et ses codétenues, puis a purgé un mois de préventive en Belgique.

 

Depuis cet au revoir, elle n’a jamais pu embrasser à nouveau ses enfants, dont la garde lui a été retirée lors de sa détention, en référé. Appel a été interjeté, mais la cour a sollicité une expertise qui accuse de longs mois de retard, malgré les rappels répétés d’Isabelle Poty et son conseil. «  Madame reconnaît les faits, conclut son avocat , Me Montiel. Quel pourrait être le mobile de la fuite avec ses enfants, si ce n’est cette pression psychologique qu’elle évoque ? Elle ne redoute pas le procès, au contraire : elle veut affronter ce cap pour pouvoir ensuite se consacrer à retrouver ses petits… Pour cette maman qui a toujours fait de ses enfants sa première priorité, la peine la plus lourde est d’en être privée depuis 18 mois . »

 

Son procès en correctionnelle doit avoir lieu à l’automne prochain.