Les alertes enlèvement, comment ça marche au juste ?.

Résultat de recherche d'images pour "logo télérama"   Le plan “alerte enlèvement”, déclenché pour la dix-neuvième fois en France cette semaine par le ministère de la Justice, mobilise un dispositif exceptionnel qui s'applique aux forces de l'ordre comme aux médias.

 

 

La dix-neuvième alerte enlèvement a été déclenchée en France ce mardi.

 

Décryptage.

 

Ouf : ce mercredi matin, Djenah, bébé de quelques mois enlevé par son père, a été retrouvée en bonne santé, ce dernier s'étant rendu, a indiqué le parquet.  Hier mardi 18 octobre, vers 22h20, les autorités avaient lancé une alerte enlèvement, non sans déclencher une polémique sur sa formulation : « Djenah, petite fille de 4 mois, vêtue d'un pyjama rose bonbon, yeux marrons, un peu de cheveux châtains, a été enlevée le 18 octobre 2016 à Grenoble, par son père, Steeve Beni Y Saad (...) Il s'agit d'un individu de race noire...  » De nombreux internautes et téléspectateurs avaient évidemment été choqués par l'emploi du terme de « race », amenant le ministère de la Justice à le modifier rapidement et son porte-parole à présenter ses excuses sur Twitter : « Certains termes du message, repris précipitamment, étaient évidement inappropriés, regrettables et très rapidement modifiés. »

 

C'était la dix-neuvième fois que ce plan était enclenché, en France.

D'où vient le plan « alerte enlèvement » ?

C'est Nicole Guedj, alors secrétaire d'Etat du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, qui propose en 2004 de s'inspirer d'un dispositif mis en place aux Etats-Unis (depuis 1998) et au Canada (depuis 2003). « Je venais tout juste d’être nommée au gouvernement, en tant que secrétaire d’Etat aux Droits des victimes, lorsque le petit Jonathan a été enlevé, raconte-elle dans un post de blog en 2011. Quand nous l’avons retrouvé mort, dans le périmètre même ou s'étaient déroulées les recherches, j’ai rapidement compris que nous n'avions pas tout mis en œuvre pour le retrouver, que notre système avait failli. Je me suis alors tournée vers les Etats Unis et le Canada, qui utilisaient le dispositif "amber alert" pour relayer le signalement des enfants disparus dans les médias, et permettaient ainsi à l'ensemble de leur population de participer aux efforts de recherche. C'est après un voyage d'études et de nombreuses rencontres avec les autorités locales, que j'ai conçu le modèle de l'Alerte enlèvement, officiellement instauré en 2006 dans notre pays. »

 

Après un premier test « grandeur nature » à la suite de l'enlèvement de la petite Aurélia en novembre 2005 (« La décision de déclencher la diffusion massive d'un message d'alerte a contribué de toute évidence au dénouement heureux de cette affaire », explique alors le ministre de la justice, Pascal Clément), le dispositif est définitivement adopté en France l'année suivante.

Qui décide d'activer le dispositif ?

Selon la convention du 28 février 2006, c'est le procureur de la République qui décide d'activer le plan, « en étroite concertation avec les enquêteurs et après que le ministère de la Justice aura été consulté » et avec l'accord des parents « chaque fois que cela est possible ».

Quatre critères doivent être réunis :

  • il doit s'agir d'un enlèvement avéré, et non d'une simple disparition, même inquiétante ;
  • la vie ou l'intégrité physique de la victime doit être en danger ;
  • le procureur de la République est en possession éléments d'informations dont la diffusion peut permettre de localiser l'enfant ou le suspect ;
  • la victime doit être mineure

C'est ensuite la gendarmerie nationale, la direction centrale de la police judiciaire ou la préfecture de Police de Paris qui se charge d'envoyer le message d'alerte élaboré par le procureur, dont le texte doit être « court et directement exploitable par les personnes qui le verront ou l'entendront ».

Comment l'alerte est-elle relayée ?

Un mail est envoyé à l'AFP, qui s'est engagée à publier immédiatement une dépêche labellisée « urgent ». Les radios et les chaînes de télévision partenaires (tous les principaux médias français audiovisuels publics et privés ont signé la convention) se sont elles engagées à interrompre leur antenne et diffuser un message audio, ou un message visuel de type « carton » ou bandeau déroulant. Enfin, les sites Web (Rue89, TF1.fr, LeMonde.fr, SFR.fr...) qui l'ont souhaité doivent afficher une bannière. Depuis 2011, une page Facebook dédiée (suivie par plus de 250 000 personnes) permet aussi de relayer l'alerte sur Internet, avec les mêmes contraintes que les autres médias : l'alerte est automatisée et limitée à trois heures, sauf décision express de la Chancellerie – et le réseau social promettant le « respect des données personnelles et du droit à l'oubli ».

 

Le message est également repris sur les panneaux d'autoroutes, dans les lieux publics, par le haut-parleur des gares et des stations de métro, et dans divers lieux publics.

 

Le dispositif est-il efficace ?

Activé dix-neuf fois depuis sa création, le plan « alerte enlévement » bénéficie jusqu'ici d'un taux de réussite de 100 %, tous les enfants ayant été retrouvés dans les heures suivant son déclenchement (sauf en 2009, où il avait fallu près d'un mois pour retrouver en Hongrie une petite fille enlevée par sa mère russe). Souhaitons que ça dure.