Enfants battus: Pourquoi certains témoins préfèrent se taire.

20minutes.fr  MALTRAITANCE : Le petit Tony, 3 ans, est mort samedi sous les coups, au sein de son foyer. Plusieurs voisins ont reconnu être au courant des violences qu’il subissait…

 

Un ours en peluche dans une chambre d'enfant.

Un ours en peluche dans une chambre d'enfant. - SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA  

 

 

Tony avait 3 ans. D’après les résultats de l’autopsie pratiquée dimanche, il est mort samedi d’une « rupture de la rate et du pancréas » liée à des coups à l’abdomen. Des coups, il en a reçus beaucoup. Le médecin légiste a relevé de très nombreux hématomes sur l’ensemble de son corps. Les premiers éléments de l’enquête indiquent que le garçonnet servait de souffre-douleur à son beau-père depuis plus d’un mois.

 

Lundi, après avoir exposé le scénario du drame, le procureur de la République de Reims laissait tomber un terrible constat : « Si les services de police avaient été alertés par le voisinage, cet enfant aurait pu passer la Noël 2016. » Le magistrat est allé plus loin : « Plusieurs voisins semblent avoir eu connaissance de ces maltraitances. Malheureusement, lorsque la police est venue, ce n’était que pour des questions de tapage, personne ne leur a signalé qu’un enfant était battu. En intervenant ne serait-ce que le mardi ou le mercredi, il aurait pu vivre. »

« Pour savoir comment agir, il faut être sensibilisé au problème »

« C’est une situation qui arrive, explique un policier. Les gens n’ont pas envie de se mêler de la vie de leurs voisins, ou bien ils ont peur des représailles. Parfois, c’est la peur de passer pour un 'délateur' qui les pousse à garder le silence. » La psychiatre Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie voit dans ce refus de s’impliquer l’une des grandes erreurs souvent commises en cas de maltraitance sur mineurs : « Les gens ne se sentent pas légitimes pour intervenir, on considère souvent que l’enfant est la propriété de ses parents. D’autres se disent qu’il peut s’agir d’un enfant capricieux ou bien qu’il pleure pour un oui ou pour un non. »

 

D’autres facteurs peuvent également expliquer l’absence de réaction de la part de l’entourage. « Il ne s’agit pas forcément d’indifférence par rapport au sort de la victime. En situation de stress, on a souvent un blocage de la pensée, on se retrouve paralysé ou bien on réagit de façon inadaptée. Pour savoir comment agir, il faut avoir été formé ou sensibilisé au problème », remarque Muriel Salmona.

Appeler le 17 ou le 119

Certaines personnes ne dénoncent pas les faits par crainte de se tromper. Pour la psychiatre, là encore, il y a des solutions : « Ce n’est pas aux gens d’enquêter pour savoir si leurs soupçons sont fondés. S’ils sont sûrs, ils doivent absolument appeler le 17, s’ils ne le sont pas qu’il y ait maltraitance, ils peuvent appeler le 119. » Il s’agit du numéro de l’Enfance en danger, qu’il est possible d’appeler 7j/7 et 24h/24. « On leur posera alors des questions qui pourront aider à comprendre la situation », explique la thérapeute.

 

>> Que se passe-t-il lorsqu’on appelle le 119 ?

 

Dans les cas de violences intrafamiliales, « ce sont souvent les voisins qui signalent les faits à la police », explique une policière. Ensuite, il y a deux cas de figure. La situation exige une intervention immédiate et des policiers se rendent sur les lieux. S’il s’agit de faits récurrents mais qui ne sont pas en train de se dérouler, la police alerte le parquet, qui va saisir l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Celle-ci doit ensuite réaliser une enquête sociale. La brigade des mineurs est également saisie.

Des chiffres alarmants

« Dans tous les cas, on ne peut pas être au courant de faits que personne ne nous signale », insiste un policier. En France, d’après une étude datant de 2014, plus d’un Français sur dix est victime de maltraitance et 45 % des Français soupçonnent un cas dans leur entourage immédiat.

 

Pour Muriel Salmona, les conséquences de ces maltraitances sont souvent sous-estimées par le grand public : « Il faut que les gens prennent conscience qu’il en va de la vie d’un enfant. Et que pour ceux qui survivent, les conséquences psychologiques sont désastreuses, c’est parfois jusqu’à 20 ans d’espérance de vie qui s’envolent. Quand un enfant est pris en charge et soigné, il peut se reconstruire. »