Fugue: la quête d'autonomie aussi en cause


Dans le cadre d'un projet de recherche, Sylvie Hamel, professeure au département de psychoéducation, a eu l'occasion de discuter avec des jeunes ayant fréquenté un centre jeunesse et ayant fugué


© Photo, Judith Charette

 

Ce projet, mené notamment en collaboration avec l'organisme montréalais Le bon Dieu dans la rue, a permis à Mme Hamel de rencontrer des jeunes de Québec, de Montréal et de la Mauricie.

«Pour certains, la fugue est spontanée et sert à exprimer quelque chose qu'ils ne sont pas capable d'extérioriser. Pour d'autres, la fugue est un acte réfléchi. En fuyant, ils savent déjà chez qui ils se dirigent. C'est souvent chez une personne de confiance», explique Mme Hamel.

Les filles et les garçons aborderaient la fugue de la même façon, d'après les témoignages recueillis par la professeure de l'Université du Québec à Trois-Rivières.

«Les filles aussi se rendent généralement chez des amis. Quand la fugue persiste, cela les mène à rencontrer des personnes externes. C'est là que des risques peuvent être pris par les adolescents comme les adolescentes. On dégage un constat que garçons comme filles sont en quête d'autonomie. Pour eux, la fugue devient un moyen d'explorer leur capacité de s'arranger seuls. Je ne dis pas que c'est une bonne chose de fuguer, mais il s'agit d'une cause des fugues, selon les témoignages recueillis», précise Mme Hamel.

«On pense aussi que la fugue est une rupture des liens, mais en fait, c'est le contraire: les jeunes fugueurs veulent des liens et les mettent à l'épreuve», ajoute-t-elle.
Des risques à l'âge adulte
Sylvie Hamel soutient qu'il est important de «résoudre» la fugue à l'adolescence en accueillant convenablement le jeune à son retour d'une fugue.

«Ils imaginent beaucoup leur retour, lors d'une fugue. Ils s'imaginent toutes sortes de scénarios: leurs parents les accueillant à bras ouverts, les intervenants heureux de les revoir… Ils veulent sentir qu'ils aient été compris dans leur malaise de départ», indique-t-elle.

Bien qu'il n'existe pas vraiment d'études sur le sujet, Mme Hamel craint que si la fugue n'est pas résolue, un profil puisse s'installer chez l'adolescent et le suivre jusqu'à l'âge adulte, ce qui pourrait le mener à fuir et tout laisser derrière lorsqu'il fait face à des difficultés.
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Garçons vs filles
Chez Enfant-Retour, la directrice générale Pina Arcamone note que dans la plupart des situations, pas nécessairement en centre jeunesse, les garçons échappent davantage à la surveillance parentale que les filles, puisqu'ils étaient 1992 à quitter leur foyer sans avertissement l'an dernier, contre 1578 du côté féminin.

À ce chapitre, le Québec fait bande à part au Canada. Il s'agit de l'unique province où cette tendance est observée. Au pays, les filles représentent 58% des signalements.

«Les filles représentent 79% de nos dossiers. À cet âge, elles manquent souvent d'estime de soi. Elles ont besoin d'être valorisées. Elles vont rencontrer des adultes qui vont leur donner confiance et leur promettre de les aider», explique la directrice générale.

Par contre, au centre de réadaptation du Centre jeunesse de la Mauricie/Centre-du-Québec, on a dénombré 62 fugues chez les filles en 2011-2012, comparativement à 59 chez les garçons. En 2012-2013, elles ont été aussi plus nombreuses à fuguer, à 36 contre 25 pour les gars.
Novembre
À cette époque de l'année, le téléphone sonne régulièrement chez Enfant-Retour Québec. Le mois de novembre est celui où les signalements sont les plus nombreux.

«Les fugues sont souvent le résultat d'un manque de communication. La remise du premier bulletin en novembre est l'occasion pour les parents de découvrir les mauvaises notes de leur enfant», souligne Pina Arcamone.

Cette dernière mentionne que le printemps, avec le retour du beau temps et la fin des classes, est aussi l'une des périodes fortes de l'année.

(En collaboration avec Marie-Josée Parent)