"Adrien est parti sans rien dire… il y a trois ans"

Adrien Fiorello

 

 

Comme 11.000 personnes par an, leur fils Adrien a disparu. C'était un matin ordinaire, en partant à la fac. Désespérés, ses parents remuent ciel et terre

 

La vie sans Adrien, c'est un jour sans fin. Le même réveil, le même coucher. Entre les deux, tenter de vivre. Mettre en sourdine la question qui les ronge depuis trois ans bientôt : où est leur fils? Marie-France et Salvatore Fiorello l'ont vu pour la dernière fois le 6 octobre 2010. Il est 9h30. Passant la porte, Adrien lance : "Maman, je ne rentre pas déjeuner. Tu viens me chercher à 19h30? On se retrouve comme d'hab? Et surtout, n'oublie pas d'acheter de l'encre pour mon imprimante, j'en ai besoin. À ce soir!". L'étudiant de 22 ans, en cinquième année de droit, claque la porte du domicile, à Firminy, près de Lyon. Il doit attraper un bus pour se rendre à la fac de Saint-Étienne. Le soir, il n'est pas au rendez-vous. L'enquête montrera qu'il n'est jamais arrivé à l'université. Son portable est localisé à 10 heures, en centre-ville de Saint-Étienne, à 17h37 à Chambéry. Puis rien.

Elle poste chaque jour une photo, un mot d'amour

 

La disparition d'Allison et de Marie-Josée Benitez, à Perpignan, le 15 juillet, a tout réactivé. Celle d'Adrien a été "une bombe", glisse Marie-France à Brignoles, sur la route des vacances. C'est la troisième fois qu'ils osent quitter Firminy. "J'ai l'impression d'abandonner Adrien, car sans ordi, je ne peux pas me connecter à Facebook." Elle y poste chaque jour une photo, un mot d'amour pour son "fiston", un appel. Ne débranche qu'au soir. "Comme lorsque je demandais à Adrien de venir à table et qu'il était scotché à son ordi." Salvatore parle peu, ses pieds s'agitent. Sa femme déverse un flot de paroles et de larmes. "Notre vie s'est cassée. On ne pensait pas finir notre carrière comme ça", souffle Salvatore. Ils ont 59 ans, un autre fils, Franck, 29 ans. Elle était auxiliaire de vie. Lui dans la tuyauterie industrielle. Tous deux sont désormais inaptes pour raisons psychologiques, auxquelles s'ajoute pour Marie-France un cancer découvert en 2011.

Ce matin-là, Adrien n'avait sur lui qu'un sac à dos, sa carte d'identité et 200 euros. Rien ne laisse présager une fuite. Ensuite, ce sont "trois mois dans le cirage", des proches les portant "à bout de bras". Enfin, la médiatisation à entretenir, la quête éperdue, toujours "bien informés par les policiers", et soutenus par l'association Assistance et recherche de personnes disparues (ARPD). L'analyse de son PC leur a révélé une face cachée d'Adrien. Donateur à la Croix-Rouge, il était l'un des piliers du forum de foot FC Barcelona Clan, où il rédigeait analyses de matches et portraits appréciés. Il avait survolé, avec Google Earth, Montreux et Genève. Il aimait le groupe Queen. Un détective, sollicité par M6 et France 2, a émis l'hypothèse que le jeune homme, peut-être homosexuel, avait pu partir par crainte de leur réaction. En 2011, l'enquêteur dit avoir retrouvé des témoins dans le milieu gay, à Chambéry et Genève. Marie-France, persuadée que leur fils n'aurait pas osé se confier sur le sujet, assure qu'ils ne l'auraient "jamais mis dehors pour ça!". Elle a recontacté les témoins, des associations, des monastères, des spécialistes des sectes, des footeux. Aucune preuve de vie.

Des médiums se sont proposés

 

A-t-il mal vécu son échec au concours pour devenir conseiller en réinsertion, à Agen? Quels signes ont-ils raté? "À 8 ans, il s'est un peu renfermé après un déménagement. J'aurais peut-être dû l'emmener voir un psy? Il était si tranquille, il travaillait, il n'y avait aucun conflit…", s'interroge sa mère. Des tas de médiums se sont proposés. Ils "voyaient" Adrien dans un lac. Dans un coffre. Chez un tatoueur en Espagne. L'un d'eux a donné une adresse, à Milan. "Nous y sommes allés, pour ne pas se dire qu'on passait à côté.", dit Salvatore. Marie-France guette les faits divers, les cadavres, "ou plutôt les ossements". Il y a quelques mois, elle a su, par un ami de Facebook, qu'un corps avait été retrouvé à Montmirail. À la gendarmerie, elle a compris qu'Adrien ne figurait plus au fichier des personnes recherchées. "Il faut se battre pour garder le dossier ouvert", soupire-t-elle. En mai, elle a demandé une recherche dans l'intérêt des familles (RIF) à Barcelone. Sans savoir que la procédure avait été abrogée, en avril. "Un coup de massue", dit-elle. Le juge d'instruction a, au final, autorisé cette enquête.

En juin 2012, ils ont aussi obtenu devant la cour d'appel de Lyon une recherche en Belgique, pour identifier un nouveau membre du forum, dont "la trame d'écriture" serait très proche de celle d'Adrien. "S'il a choisi de partir, on ne lui posera pas de questions", répète sa mère. Salvatore s'accroche à l'idée des retrouvailles. Il s'occupe de Marie-France; elle d'Adrien. Ils vivent, "mais à côté. Il y a une autoroute, où tout le monde file. Et nous, on roule doucement, sur la départementale, en parallèle".