Le témoignage de Joseph en fugue depuis trois semaines

 

Yvelines : le témoignage de Joseph, 14 ans, en fugue depuis trois semaines

 

> Benjamin Derveaux|10 janvier 2018, 19h45|MAJ : 10 janvier 2018, 22h46|8 Le Parisien 

 

 

Joseph a disparu du domicile de sa tante, aux Clayes-sous-Bois depuis le 19 décembre 2017. Facebook

 

Le 19 décembre 2017, la police a diffusé un avis de recherche pour disparition inquiétante. Le Parisien a pu retrouver la trace de cet adolescent en Italie. Il raconte son périple, du Cameroun à Rome, en passant par les Yvelines.

 

À 14 ans, Joseph a déjà beaucoup vécu. Plus que ne l’imaginent ses camarades de 4e, au collège Léon-Blum de Villepreux. Cela va faire plus de trois semaines que l’adolescent est porté disparu. Le 19 décembre, la police des Yvelines diffusait son portrait et ouvrait une enquête pour disparition inquiétante. Des cheveux noirs et crépus, des yeux marron, 1 m 65 et une corpulence athlétique, vêtu d’un jogging gris et d’un sac à dos de même couleur au moment de sa disparition. Voilà ce que le grand public savait de Joseph.

Ce mercredi, à la fin des cours, les élèves de sa classe se souviennent d’un garçon « sympa » et « intégré » qui « adorait le foot ». Habituellement, Joseph rentrait chez lui manger le midi et revenait avec son vélo l’après-midi. Jusqu’au 18 décembre. « Le matin, en cours de sport, il ne parlait pas trop. Il était dans sa bulle, indique une élève. Il n’est jamais revenu l’après-midi ». Depuis, certains d’entre eux affirment discuter avec lui via la messagerie de l’application Snapchat. Joseph serait en Italie.

À Rome, plus précisément, si l’on en croit l’adolescent, que nous avons pu contacter. Pour beaucoup, il était parti pour tenter de se faire remarquer par un club de football étranger. Lui affirme avoir quitté le domicile de sa tante, à cause de différents conflits qui l’opposait à celle qui l’a accueilli au cours de l’été 2017. Mais avant cela, le parcours de Joseph, que l’on décrit comme « débrouillard », fut celui de nombreux migrants, qui endurent souffrances et errances avant de rejoindre l’Europe.

 

Du Cameroun aux Clayes-sous-Bois par ses propres moyens

 

C’est au Cameroun que commence son histoire. Après le décès de son père, Joseph est envoyé dans le sud du pays chez sa mère, qu’il ne connaissait pas. Là-bas, il pense trouver une autre vie de famille. Mais l’homme qui vit avec sa mère ne l’entend pas de la sorte. « Il me frappait et me faisait comprendre que je ne serais jamais son fils », souffle Joseph. En 2015, las, il choisit de partir vers l’Europe où il espère être accueilli par de la famille.

Commence alors un périple à travers le Nigeria, le Niger et l’Algérie. Il tente de contacter sa mère pour qu’on lui envoie de l’argent. En vain. Après avoir effectué quelques petits boulots en Algérie, il rejoint la Libye. Là-bas, il tente de franchir la Méditerranée à plusieurs reprises. Après une traversée avortée où il verra « des personnes mourir dans le bateau du pêcheur », il explique être même passé par la prison, où il sera « condamné aux travaux forcés ». Un jour, il parvient cependant à s’enfuir et, avec l’aide d’un autre Camerounais rencontré sur la route, rejoint l’Italie, en 2017.

 

Il dort à la gare de Rome

 

Accueilli par la Croix-Rouge, il demande à joindre sa famille. « J’ai d’abord appelé celui qui m’avait aidé à rejoindre l’Italie pour lui dire que tout allait bien, explique-t-il. Ensuite, j’ai appelé ma mère. Quand elle a compris que je me trouvais en Europe, elle m’a donné les contacts de famille en France ». Depuis Vintimille, en Italie, il part direction Nice (Alpes-Maritimes) en train, où il se cache dans les toilettes pour éviter les contrôles.

À l’été 2017, il arrive enfin à Paris et contacte les numéros qu’il a en sa possession. « Une de mes tantes est venue me chercher et m’a emmené chez sa sœur ». Une autre tante, qui habite Les Clayes-sous-Bois. Mais l’ambiance est pesante. Le 18 décembre, il quitte le domicile et achète des billets de train vers une direction familière : l’Italie. « Au départ je suis parti sans trop savoir où j’allais. Mais vu que je connaissais ce pays, j’ai décidé de venir ici ». Depuis, le jeune homme dort à la gare de Rome et tente de revenir en France, où il espère retrouver une école. Et peut-être une famille.

 

Contactés, les services de police précisent que l’enquête suit son cours.

 



Ajouté le 11/01/2018 par Pascale - disparition inquiètante Mineurs