Affaires Lelandais : la charge d'un avocat de disparus

Affaires Lelandais : la charge d’un avocat de disparus.

 

 

 

Me Bernard Boulloud, avocat des parents du caporal Noyer, est également celui de trois familles de personnes majeures disparues, dans la Drôme et en Isère. Photo archives Le DL

 

Me Boulloud estime que des dysfonctionnements ont eu lieu dans des enquêtes

 

«Rien n’a été fait dans plusieurs dossiers de personnes disparues dont j’ai désormais la charge. Ni enquête de voisinage, ni exploitation des téléphones ou des GPS, ni perquisition… C’est pourquoi je vais saisir ces jours-ci les inspections réciproques de la gendarmerie et de la police ».

 

« On a l’impression que les dossiers de disparitions de personnes majeures n’intéressent personne »

 

Maître Bernard Boulloud est un avocat très en colère. En colère depuis vendredi, date à laquelle il a été longuement reçu par la doyenne des juges d’instruction de Valence, avec son client Régis Pique, dont le compagnon Éric Foray s’est volatilisé le 16 septembre 2016 à Chatuzange-le-Goubet (Drôme). Disparition pour laquelle la piste Nordahl Lelandais est évoquée.

« Nous avons appris que le procureur de la République voulait s’assurer du caractère sérieux de notre plainte avec constitution de partie civile pour arrestation, enlèvement et séquestration arbitraire. Je ne comprends pas. Cela fait un an et demi que le procureur est directeur de l’enquête, un an et demi qu’il aurait pu se soucier de l’avancement de l’enquête. C’est tout simplement ahurissant. C’est rajouter de la douleur à la douleur de mon client », déclarait hier l’avocat grenoblois.

 

Et ce n’est pas le seul dossier pour lequel Me Boulloud pointe des dysfonctionnements. « Il en est de même dans le dossier portant sur la disparition de l’Échirollois Malik Boutvillain, le 6 mai 2012, ou encore celle de Nelly Balmain, le 8 août 2011 à Saint-Jean-en-Royans (Drôme). De nombreux manquements d’enquête sont également évidents dans ces deux dossiers. Pour Malik Boutvillain, le procureur de la république de Grenoble, en charge du dossier, a depuis fait amende honorable. En accord avec les familles, je vais saisir les deux inspections, mais également le ministère de la Justice, pour vérifier si le travail qui devait être fait a été fait ou pas.

Mais à l’évidence, il ne l’a pas été car on a l’impression que les dossiers de disparitions de personnes majeures n’intéressent personne, alors que ce sont les premières heures qui sont décisives dans ce type d’enquête et que toute disparition impose aux services d’enquêtes de réagir de suite ».

 

En saisissant ces différents services, l’avocat grenoblois entend faire avancer la façon dont sont traitées ces enquêtes de disparition. « La justice, les services d’enquête, doivent absolument changer leur méthode de travail, leur regard, afin de procéder à des recoupements le plus vite possible ».

 

Aurait-il été possible d’arrêter Lelandais avant la disparition de Maëlys ? L’avocat se pose la question.

 

Et Maître Boulloud ne veut pas en rester là. Il s’interroge désormais également sur l’enquête de l’assassinat du caporal Arthur Noyer, en Savoie, pour lequel Nordahl Lelandais a été mis en examen le 20 décembre 2017 .

« Nous avons de nombreuses interrogations par le flou entretenu depuis le début de cette disparition, en avril 2017. Je n’ai toujours pas pu consulter le dossier en tant que partie civile alors que c’est un droit en tant que partie civile, sans en divulguer bien entendu le contenu. Depuis le début, on nous rétorquait que l’enquête se poursuivait, sans nous en dire le contenu.

On peut légitimement se poser la question de savoir si le BA-ba a effectivement été réalisé dans cette enquête. Et s’il y a eu investigations, encore faut-il savoir si les résultats de ces investigations ont été exploités au bon moment, et si cela aurait permis de mettre la main sur Lelandais avant le mois d’août. On aurait peut-être ainsi évité le meurtre de Maëlys. Tout cela, nous allons le vérifier scrupuleusement ».
 

Contactés par nos soins hier soir, les services de police et de gendarmerie n’ont pas souhaité réagir.

 

Par Vincent WALES | Publié le 27/03/2018 à 06:03  (le dauphiné Libéré)



Ajouté le 27/03/2018 par Pascale - INFO