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Disparition de Maëlys : Comment la police gère une enquête qui dure.

 

Maëlys, 9 ans, a disparue dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 août 2017 lors d'une fête de mariage à Pont-de-Beauvoisin, dans l'Isère. (Jeff PACHOUD / AFP)

 

Le chef de l'OCRVP, Philippe Guichard, connaît bien l'impact du temps sur les enquêtes judiciaires. Interview.
 

Les recherches pour retrouver la petite Maëlys, disparue la nuit du samedi 26 au dimanche 27 août 2017 lors d'une fête de mariage à Pont-de-Beauvoisin, ne donnent toujours rien et les fouilles au lac d'Aiguebelette, en Savoie, demeurent infructueuses.

Les recherches également menées dans un autre lac proche, celui de Romagnieu, dans l'Isère, ne sont pas terminées mais ne reprendront que vendredi ou lundi prochain. Parallèlement, six patrouilles en voiture, dix gendarmes sur le terrain et douze membres de la cellule d'enquête restent mobilisés.

 

Le suspect principal de l'affaire, incarcéré, a été transféré pour des raisons de sécurité de la maison d'arrêt de Varces au centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier jeudi 14 septembre. L'homme, un ancien militaire, y a reçu la visite de sa mère auprès de laquelle il a répété

"ses dénégations les plus fortes, ce qu'il a toujours fait", a fait savoir son avocat Maître Bernard Méraud. L'affaire semble ne plus avancer. Seul espoir parmi les déconvenues : l'appel à témoins. Lancé après la disparition de l'enfant de 9 ans, il a connu un large écho et les enquêteurs passent encore au crible les informations recueillies, a indiqué la gendarmerie.

 

Le chef de l'office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), Philippe Guichard, a travaillé sur plusieurs affaires, toujours en cours aujourd'hui, de mineurs disparus. En plus de 30 ans de carrière, il a pu mesurer l'impact du temps sur ces enquêtes judiciaires. "L'Obs" l'a interviewé. 

 

Estelle Mouzin , Lucas Tronche.... Vous avez vécu de près plusieurs affaires de disparitions inquiétantes de mineurs. Comment démarrent ces enquêtes ?

 

Ces affaires sont rares. Il y a environ 10.000 mineurs qui disparaissent de manière inquiétante en France chaque année. Il s'agit principalement de fugues et l'immense majorité des enquêtes apportent satisfaction. Des cas comme Estelle Mouzin, Lucas Tronche ou l'affaire Maëlys – sur laquelle je n'ai pas travaillé – surviennent une ou deux fois par an.

C'est évidemment trop, mais c'est rare. Du coup, lorsque les parents ou les proches d'un enfant se rendent au commissariat pour faire part à la police de leur inquiétude face à une disparition, nous ne savons pas à l'avance la tournure que prendra l'affaire. La Police judiciaire (PJ) n'est pas saisie automatiquement.

Dans un premier temps, ce sont les commissariats locaux qui gèrent. Dans un second temps, en fonction des circonstances, un service spécialisé local peut être désigné avec éventuellement l'OCRVP en appui.

 

Si ces affaires sont toutes différentes de par leur complexité,elles ont néanmoins un point commun : nous ne sommes jamais certains qu'il y ait une soustraction par un tiers.

C'est d'ailleurs pour cela que dans ces trois affaires citées, qui restent non-résolues aujourd'hui, l'alerte enlèvement n'a jamais été déclenchée.

 

Justement, pourquoi l'Alerte enlèvement n'a-t-elle pas été déclenchée et quels sont les outils dont vous disposez ?

 

Pour que l'alerte enlèvement soit déclenchée, les quatre critères suivants doivent être constatés :
 

- Il s'agit d’un enlèvement avéré ou une soustraction et non d'une disparition, même inquiétante.

- La victime est mineure.

- La vie ou l'intégrité physique de l’enfant est en danger.

- La diffusion d'éléments de signalement peut permettre la localisation de l'enfant et/ou de son ravisseur.
 

Ce qui n'est pas le cas des affaires dont il est question ici. Et puis, il faut savoir que même si ces quatre critères sont réunis, la décision finale de déclencher ou non l'alerte revient au procureur de la République qui peut décider de ne pas la déclencher s'il considère qu'elle peut mettre en danger la vie de l’enfant.
 

Pour les disparitions d'enfants, nous pouvons enclencher l'appel à témoins. Comme cela a été fait par la gendarmerie sur l'affaire Maëlys par exemple. Un numéro vert est à disposition du public. Nous traitons tous les appels que nous recevons. Tous. Même les plus loufoques.

 

En effet, il n'est pas rare de lire que ces affaires intéressent particulièrement les voyants et inspirent, malheureusement, des canulars... 

 

C'est vrai. Lorsque nous mettons un numéro à disposition, les appels se multiplient très rapidement pour retomber tout aussi vite. Le pic survient dans la première heure de mise en ligne du numéro. Nous avons alors dans la multitude d'appels des personnes en état d'ébriété, des voyants, des faux témoins, des blagueurs... Mais ces appels restent précieux. Nous ne savons jamais ce qui se cache derrière. Alors, nous sommes exhaustifs dans l'exploitation.
 

Dans ces affaires-là, nous avons généralement très peu d'informations pour commencer. Je travaille évidemment sur de nombreux cas de violences aux personnes (viol, agression, meurtre...), mais la disparition a cela de particulier qu'elle laisse moins d'indices. Il n'y pas de scène de crime, pas d'arme, pas de témoins immédiats...

On part de peu de choses et toutes les pistes sont envisagées. Aucune n'est négligée, même pas les plus improbables qui se manifestent sous forme d'appels incongrus.

 

Vous ne lâchez jamais ? Même après des années d'enquête infructueuse ?

 

Non. L'enjeu est trop important. D'abord, nous devons aux proches de mettre tout en oeuvre pour savoir ce qui est arrivé. Mais surtout, l'idée qu'un criminel capable de s'en prendre à quelqu'un d'autre, à un autre enfant, continuent de se mouvoir librement dans la nature m'est insupportable.
 

Et puis, je pense qu'il est toujours possible d'avancer, même des années plus tard. Notamment grâce aux témoins. Certains se souviennent de choses des mois après la disparition de l'enfant, ou bien ils n'osaient pas parler et ils finissent pas craquer d'eux-mêmes.

 

Ces trois enfants n'ont toujours pas été retrouvés, mais avez-vous eu par moment le sentiment de toucher au but ?

 

Oui. Plusieurs fois. C'est ça qui est très difficile et frustrant. Dans l'affaire de la disparition d'Estelle Mouzin, par exemple, j'ai sincèrement cru que l'on avançait plusieurs fois sur des pistes très encourageantes et puis... d'un coup tout s'écroule et il faut reprendre à zéro. Chercher ailleurs, élargir son champ de recherche, élargir ses pistes... finalement recommencer comme si l'enquête avait été ouverte la veille.
 

Propos recueillis par Barbara Krief



Ajouté le 16/09/2017 par Pascale - INFO

 

 

 

 

 

Publié le 10/09/2017 à 07:08

La fin du déni ?

Éditorial Dominique Delpiroux article la dépêche.fr

 

La fin du déni ?

 

Le pire n'est jamais certain . Ainsi, s'il est horrible pour des parents, de perdre un enfant , il est encore plus insupportable de le voir « disparaître »

 

Un enfant qui meurt est uneabomination . Mais il est malgré tout possible de faire son deuil , et si ce n'est de tourner la page, du moins de tenter de se reconstruire. Alors que d'être confronté à ce trou noir de l'absence ressemble à une torture perpétuelle. Les parents ne savent rien de ce qui s'est passé, et peuvent imaginer les scénarios les plus terrifiants. Et en même temps , tant qu'ils ne seront pasconfrontés à un corps ou à une certitude, ils garderont un gramme d'espoir, comme un poisonlancinant.

Voilà sans doute pourquoi des affaires comme celle de Maëlys, de Marion, d' Estelle nous bouleversent, car elles nous font partager le cauchemar de ces parents dont les plaies restent àvif. À chaque nouveau drame, on espère que ce soit le dernier… L'espoir peut venir des leçons que l'on peut tirer des erreurs du passé. Elles ont été dramatiques et nombreuses. 

 

Il y a 20 ansà Agen, lorsque les parents de la petite Marion 

 

qui devait rentrer manger chez elle à midi – ont tiré la sonnette d'alarme , on leur a dit de patienter, que c'était sans doute une fugue. De la même manière, il a fallu attendre la loi de 2002 pour qu'apparaisse la notion de disparition inquiétante ou suspecte pour les adultes. Lorsque les familles d'un disparu s'inquiétaient, on leur répondait qu'il était de la liberté de chacun de s'escamoter, pour éventuellement se recommencer une vie ailleurs… Fugue pour les enfants , disparition volontaire pour les adultes, les pouvoirs publics étaient dans une sorte de grand déni. Disparus, vous dites ? Alors, il n'y a rien à voir ? Circulez ! Un vrai boulevard pour Émile Louis ou Michel Fourniret…

 

Depuis, les choses ont changé. Ainsi, quelques heures seulement après la disparition de Maëlys ,

l'hélicoptère de la gendarmerie était là, la procureure aussi. Personne n'a osé parler de fugue. De nos jours , on piste et on « borne » les téléphones , les scènes de crime sont préservées, on y cherche l'ADN, les traces, les empreintes, bien mieux qu'à l' époque du petit Grégory , où des centaines de journalistes ont piétiné les bords de la Vologne avec leurs godillots. Aujourd'hui, des « cold case » , des vieilles affaires sont résolues, grâce à destechniques et des méthodes qui n'existaient pas autrefois . Mais cela ne suffit pas toujours. Malgré une enquête bien ficelée, toutes les vérités ne sont pas encore connues dans l' affaireMaëlys. Le seront-elles un jour ?

Pour nos enfants, le danger est infinitésimal. Mais il existe bien réellement. La preuve en est cruelle. Voilà qui ne peut qu'inciter les parents à la prudence. Même un soir de fête où personne n'avait invité le malheur.

La Dépêche du Midi



Ajouté le 10/09/2017 par Pascale - INFO

 

 

Publié le 10/09/2017 à 07:05, Mis à jour le 10/09/2017 à 10:04

Le cauchemar des enfants disparus

 

 

Un avis de recherche placardé le 11 mars 2016 sur l'île d'Oléron XAVIER LEOTY  /  AFP/Archives

 

La disparition de la petite Maëlys, le 26 août en Isère remet en lumière le drame de ces enfants qu'on ne retrouve jamais, comme Marion à Agen ou Estelle à Guermantes. Les techniques d'enquête évoluent… pas assez vite pour les familles.

 

Une salle des fêtes où l'on festoie depuis déjà six heures, où la musique bat son plein, où la fatigue commence à poindre, et soudain, c'est la panique : Maëlys, 9 ans est introuvable…

Cette soirée du 26 juin restera comme un cauchemar pour tous ceux qui étaient présents à ce mariage, à Pont-de-Beauvoisin, en Isère. Un drame, comme il y en a encore beaucoup trop en France. Celui des disparitions d'enfants.

 

On estime que près de 50 000 enfants disparaissent chaque année. Heureusement, l'immense majorité d'entre eux seront retrouvés dans les heures ou les jours qui suivent. Celui-ci s'était égaré au supermarché, celle-là a été oubliée sur une aire d'autoroute. Pour beaucoup d'enfants aussi, il s'agit d'une fugue. Un départ volontaire qui exprime un malaise, l'envie de faire passer un message à ses parents et au reste du monde. Il s'agit souvent d'une expérience initiatique, qui pour douloureuse et éprouvante qu'elle soit, peut avoir une issue positive.

 

Hélas, les fugues peuvent aussi durer, avec des jeunes qui ne veulent plus rentrer, et qui sont alors la proie de tous les dangers : errance, drogue, prostitution…

Autre cause de disparition, qui est de plus en plus fréquente, il s'agit des «enlèvements parentaux». Le père ou la mère qui n'a pas obtenu la garde enlève son propre enfant, pour le soustraire à son ex-conjoint. Là aussi, ces crises peuvent avoir des issues heureuses, ou tragiques, avec un enfant que l'on entraîne dans sa propre mort.

 

Reste enfin quelques cas, rarissimes, mais insupportables : ceux où l'enfant disparaît, dans des circonstances très inquiétantes et sans laisser la moindre trace. C'est le cas de Marion Wagon, à Agen, d'Estelle Mouzin à Guermantes. Volatilisées. Des années d'enquête n'ont rien donné. Depuis les parents sont dans la plus totale incertitude. Et donc, dans l'impossibilité de faire le deuil. Il y aurait une quinzaine de cas non élucidés, actuellement, en France. Mais il n'existe pas de fichier officiel, qui puisse être consulté, ce que réclament notamment les associations.

 

C'est aussi sous la pression de ces associations que «l'alerte enlèvement» a été organisée et peut être désormais déclenchée. Jusque-là, cette procédure, qui inonde le territoire de flashs et d'annonces, a montré son efficacité à 100 %. Mais elle ne peut pas être mise en œuvre n'importe quand. On doit être sûr qu'il s'agit bien d'un enlèvement, ce qui par exemple, n'était pas le cas le 26 août dernier, lorsque Maëlys à disparu.

 

Depuis l'affaire Marion, de gros progrès ont été faits en matière d'enquête, notamment en figeant le plus vite possible les «scènes de crime», en utilisant les analyses ADN, et en croisant les fichiers informatiques. Mais ce que réclament aussi les parents de victimes, ce sont des policiers et des magistrats spécialisés, qui puissent conserver ces dossiers dans la durée : dans l'affaire de la disparition de la petite Estelle, les parents ont connu successivement sept juges d'instruction. À chaque fois, il faut repartir à zéro. En plus de la douleur et du chagrin.

D. D.



Ajouté le 10/09/2017 par Pascale - INFO

 

 

 

 

Pour une émission de France2 sur les disparus volontaires enregistrée la semaine prochaine :


- Vous avez décidé de revenir après avoir disparu volontairement ?
- Vous avez été (ou êtes) confronté à la disparition de l’un de vos proches ?
- Vous désirez lancer un appel à témoins ou témoigner de votre expérience ?


Envoyez un mail à jnlapart@reservoir-prod.fr ou contactez là au 01 53 84 31 15



Ajouté le 07/09/2017 par Pascale - INFO

 

 

 

 

 

Disparition de Maëlys : les médiums sont-ils pris au sérieux par les enquêteurs ?Alors que la fillette n'a pas donné signe de vie depuis le 27 août, certains voyants et autres cartomanciens affirment savoir où elle se trouve. Leurs témoignages sont-ils vérifiés ? Franceinfo s'intéresse à ce phénomène récurrent dans les affaires médiatisées.

 

 

 

Une cartomancienne utilise un pendule au dessus d'une carte de France le 22 décembre 2011 au Vernet (Haute-Garonne). (PASCAL PAVANI / AFP)

 

Violaine Jaussent France Télévisions

Mis à jour le 06/09/2017 | 14:30
publié le 06/09/2017 | 08:35

 

"Un homme est venu me voir, il m'a pris la main et m'a regardé droit dans les yeux. 'Je vous le dis discrètement, si vous allez à cet endroit vous trouverez la petite', m'a-t-il dit, avec tellement d'assurance... Il m'a dit qu'il avait un don depuis qu'il était gamin. Il a pointé un endroit sur ma carte avec son pendule. J'y suis allé, je n'ai rien trouvé." Nour-Eddine Ghaoui est dépité. Il est l'un des organisateurs de la recherche citoyenne organisée samedi 2 septembre à Pont-de-Beauvoisin, petite ville de l'Isère où Maëlys, 9 ans, a disparu le 27 août. Environ un millier de personnes ont répondu à son appel. Parmi elles, des médiums et des radiesthésistes.

Ils ont pollué la journée de recherches, la centrale d'appels de la gendarmerie et la page Facebook.

 

Nour-Eddine Ghaoui

à franceinfo

"On m'a rapporté que l'un d'eux a forcé la porte d'une propriété privée où il pensait trouver Maëlys. Il a failli en venir aux mains avec le propriétaire. Mais la plupart d'entre eux ne se sont pas déplacés. Ils ont appelé la gendarmerie de chez eux, où ils étaient tranquillement assis sur leur canapé, au chaud", regrette ce patron d'une société d'informatique, qui habite près de Pont-de-Beauvoisin. Cinq lignes téléphoniques avaient été mises en place par la gendarmerie pour recueillir les témoignages des participants à la recherche citoyenne. "La ligne était saturée. En plus, ils n'ont pas hésité à se faire de la pub", s'emporte Nour-Eddine Ghaoui.

 

Des centaines de lettres et d'appels téléphoniques

 

Sans parler d'afflux d'appels, une source proche de l'enquête confirme à franceinfo que plusieurs médiums et radiesthésistes se sont manifestés depuis la disparition de Maëlys. Ce phénomène est récurrent. Disparues de l'Yonne, Estelle Mouzin, Xavier Dupont de Ligonnès, Fiona, famille Troadec... A chaque affaire médiatisée, des personnes contactent les enquêteurs. Ils font part de leurs rêves, visions ou intuitions dans des lettres ou lors d'appels téléphoniques. Ils affirment savoir où se trouvent les personnes disparues.

 

Dans l'affaire Fiona, par exemple, ils étaient des centaines. D'abord en mai 2013, lorsque la mère de la petite fille de 5 ans, Cécile Bourgeon, lance l'alerte en affirmant qu'elle a disparu dans un parc de Clermont-Ferrand. Puis quelques mois plus tard, lorsqu'elle et son compagnon avouent que Fiona est morte, sans pouvoir dire où ils l'ont enterrée. D'intenses recherches sont entreprises. Ce forum de l'Officiel de la voyance regorge de prédictions et visions. Les enquêteurs ont reçu des courriers de France et d'autres pays européens, tous avec des avis différents. Mais le corps de Fiona n'a toujours pas, à ce jour, été localisé.

Une médium s'est même invitée au procès de Cécile Bourgeon et de son compagnon, jugés en première instance devant les assises du Puy-de-Dôme. "Fiona m'a contactée", affirme-t-elle le 16 novembre 2016 à la barre, où elle est entendue comme témoin. La fillette lui a "parlé d'une croix, d'une pierre", "un panneau avec un nounours". En réalité, le Service régional de police judiciaire (SRPJ) l'avait déjà entendue en 2013. Les enquêteurs avaient vérifié son témoignage mais n'avaient rien trouvé. Trois ans plus tard, elle n'a rien apporté de plus à la cour, si ce n'est de l'agacement.

 

"Tout signalement est pris au sérieux"

 

Dans l'affaire de la disparition de Maëlys, douze enquêteurs sont mobilisés 24 heures/24, auxquels s'associent les gendarmes territoriaux de la compagnie de La-Tour-du-Pin. Que répondent ces derniers aux médiums et radiesthésistes ? "Tout signalement est pris au sérieux. Tout ce qui est vérifiable est vérifié. Un appel reste un appel, aucun n'est pris à la légère", explique une source proche de l'enquête.

On ne peut pas prendre le risque que dans six mois, on trouve un élément déterminant et que quelqu'un dise : 'Je l'avais dit aux enquêteurs !'

 

Une source proche de l'enquête

 

"On ne peut pas ne rien faire. On vérifie les endroits plausibles qu'on nous signale. C'est même un peu embêtant parce qu'on les rend quasiment crédibles"affirme à franceinfo Jean-Marc Bloch, ancien chef de la direction régionale de la police judiciaire à Versailles. Il a été en charge de l'enquête sur la disparition de la petite Estelle Mouzin, toujours non élucidée quatorze ans après. "Pendant l'enquête, nous avons reçu des dizaines et des dizaines d'appels de voyants et d'amateurs de pendules", se remémore Jean-Marc Bloch. Il poursuit : "On vérifiait, en se disant 'on ne sait jamais'. Rien n'indique qu'un témoin ne se cache pas derrière la voyance pour nous signaler de véritables éléments."

 

Un discours plus nuancé selon plusieurs sources

 

Toutefois, une autre source policière interrogée par franceinfo n'est pas aussi catégorique. "A ma connaissance, les enquêteurs ne vérifient pas, même si les médiums désignent un endroit. Ils ont bien d'autres préoccupations, détaille cette source. Il y a une très forte distance par rapport aux informations données par les médiums. Ils ne sont pas pris au sérieux dans l'immense majorité des cas."

Les informations données par les médiums ne sont pas prises en compte dans les investigations, sauf si la famille le demande.

Une source dans la police judiciaire

à franceinfo

"Il peut arriver que la famille vienne nous voir avec des éléments récoltés auprès des médiums. On explique qu'on est réservé, mais il nous est déjà arrivé de faire des vérifications. Mais c'est très exceptionnel", précise cette source avertie dans la PJ.

"Si je n'ai pas de flashs, je ne peux pas continuer"

C'est ce qui s'est passé pour la médium Geneviève Delpech – par ailleurs veuve du chanteur Michel Delpech – dans l'enquête sur la disparition d'Arthur Angé. Parti faire le tour du monde en sac à dos depuis trois ans, ce trentenaire originaire de l'Hérault n'a plus donné signe de vie depuis fin janvier. Il se trouvait alors dans le sud-est du Bangladesh. Une zone instable frontalière de la Birmanie. Face à l'absence d'avancées dans l'enquête officielle, un proche d'Arthur contacte Geneviève Delpech. "J'ai demandé une photo et j'ai immédiatement eu des flashs. C'est comme cela que je procède. Si je n'en ai pas tout de suite, j'arrête, je réponds à la famille que je ne peux pas continuer", explique à franceinfo la médium.

"Pour Arthur Angé, j'ai donné des détails que je ne pouvais pas connaître avant ces flashs. J'ai fait des dessins d'un lieu précis au Bangladesh, que personne ne trouvait, et où je suis persuadée qu'Arthur est passé. Quand sa mère les a vus, elle m'a crue. Elle a donc obligé le ministère de l'Intérieur et l'ambassade de France à y aller. Ce n'était pas facile car c'est une zone dangereuse. Nous étions sous étroite protection", raconte Geneviève Delpech. Sur place, la médium et la famille Angé finissent par retrouver l'endroit dessiné. Depuis, une équipe de recherches est mise en place au Bangladesh.

"Il y a beaucoup de mythomanes et de charlatans"

La mère d'Arthur Angé estime dans Midi Libre que ce voyage a pu "faire bouger des choses" et elle s'en félicite. Geneviève Delpech aussi : "Les enquêteurs étaient impressionnés, ils m'ont bien accueillie." Or ce n'est pas toujours le cas.

La police n'aime pas dire qu'elle collabore avec nous.

Geneviève Delpech

à franceinfo

La médium assure pourtant qu'elle l'a fait dans plusieurs enquêtes. "Mais à chaque fois, il y a un intermédiaire. Et je le répète : j'interviens seulement si on me contacte et si j'ai une vision immédiate. La seule fois où je me suis manifestée spontanément c'était dans l'affaire Estelle Mouzin et malheureusement cela n'a rien donné. Sinon, je ne le fais pas", détaille-t-elle.

Geneviève Delpech ne s'est donc pas manifestée dans l'enquête sur la disparition de Maëlys. Elle regrette que d'autres l'aient fait, surtout s'ils ne sont pas sincères. "Il y a beaucoup de mythomanes et de charlatans,reconnaît-elle. Quand on a ce don il faut rester humble et discret, n'en tirer aucune gloire." "Moi-même j'essaie de comprendre ce phénomène. Je n'en vis pas et je n'en fais pas un métier, je suis peintre à la base." La médium balaye l'image du voyant qui lit les cartes chez lui. Formée à la technique américaine du Remote viewing, elle met en avant sa collaboration avec Jean-Jacques Charbonnier, médecin anesthésiste défenseur de l'existence d'une vie après la mort.

 

Aucune affaire résolue grâce à un médium

 

De fait, "la plupart sont sincères dans leurs démarches", estime la source avertie dans la police judiciaire. Pour autant, aucun enquêteur n'a le souvenir d'affaire de disparition résolue grâce à un(e) médium. "Je n'en ai jamais vu nous apporter de solution spectaculaire", souligne une source policière. "On n'a pas trouvé quoi que ce soit avec cette méthode", renchérit le parent d'un enfant disparu interrogé par franceinfo.

 

Dans l'affaire Maëlys, non plus. "Toutes leurs prédictions se sont révélées fausses", affirme Nour-Eddine Ghaoui. La recherche citoyenne qu'il a organisée n'a pas non plus abouti, pas plus que le recueil de très nombreux témoignages et un ratissage méticuleux de la zone. L'enquête progresse, mais neuf jours après sa disparition en Isère, la fillette est toujours introuvable.



Ajouté le 06/09/2017 par Pascale - INFO

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